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Par Marie-Hadil Farhat – Annahar
Le cœur agricole du Liban en crise : guerre, déplacements, hausse des coûts et sécheresse ont transformé la production en survie, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) . Dans un entretien, Nora Ourabah Haddad, représentante de l’organisation au Liban, décrit un secteur fragilisé, proche du point de rupture mais encore capable de se relever.
Un pilier rural fragilisé
De Bint Jbeil à Tyr en passant par Marjaayoun, l’agriculture structure la vie quotidienne. Oliviers, agrumes, céréales et élevage ne sont pas seulement des ressources économiques : ils incarnent une identité, une transmission familiale et un équilibre social.
Quand la production s’effondre, ce n’est pas seulement une perte de revenus : c’est tout l’équilibre des villages qui vacille.
« Le Sud joue un rôle clé pour les moyens d’existence ruraux », rappelle Nora Ourabah Haddad. Mais la chute de la production vide les villages : les jeunes partent, les terres sont abandonnées, et les agriculteurs survivent en épuisant leurs ressources.
Des dégâts agricoles étendus et durables liés au conflit
L’intensification des hostilités a profondément affecté les terres agricoles. Plus d’un million de personnes ont été déplacées et de vastes zones au sud du Litani sont désormais inaccessibles.
Selon une évaluation conjointe de la FAO, du ministère de l’Agriculture et du CNRS, près de 50 000 hectares (22 %) des terres agricoles ont été touchés : infrastructures, irrigation et cultures sont endommagées, certaines nécessitant des années de rétablissement.
Des incendies répétés appauvrissent les sols et accélèrent l’érosion, tandis que l’usage d’herbicides comme le glyphosate suscite des inquiétudes.
Certains experts évoquent même une « guerre contre l’environnement », voire un possible « écocide ».
L’élevage est lui aussi en forte baisse, avec une diminution d’environ 45 % pour le bétail et jusqu’à 60 % pour la volaille, confirmant le caractère systémique de la crise.
Une menace pour tout le pays
La crise au Sud dépasse les zones frontalières. Avant même l’escalade, 874 000 personnes étaient en insécurité alimentaire, un chiffre pouvant atteindre un million.
La chute de la production locale accentue la dépendance aux importations, dans un contexte économique déjà fragile. Résultat : une hausse des prix et un accès plus difficile à l’alimentation.
Selon l’outil « Data in Emergencies » (DIEM) de la FAO, près de 75 % des ménages agricoles adoptent désormais des stratégies de survie dites « de crise ».
Parmi ces stratégies : la vente de bétail, l’abandon des terres ou encore l’acceptation d’emplois précaires. Des solutions qui permettent de survivre à court terme, mais fragilise durablement l’avenir du secteur.
Une aide sous pression
Face à cette situation, la FAO concentre ses efforts sur trois axes : maintien des opérations, aide d’urgence et amélioration du suivi.
Malgré l’insécurité, plus de 90 % des projets sont maintenus, avec des adaptations. L’aide inclut transferts monétaires, distribution de semences, d’engrais et d’aliments pour le bétail. Plus de 2 500 agriculteurs ont déjà demandé un soutien.
Selon un communiqué conjoint du ministère de l’Agriculture, de la FAO et du gouvernement japonais publié le 24 avril 2026, l’un de ces projets doit soutenir environ 230 ménages agricoles vulnérables, soit près de 1 150 personnes dans le Sud et à Nabatiyé.
En parallèle, l’organisation s’appuie sur des outils géospatiaux et des analyses de terrain pour mieux cibler ses interventions.
Un avenir incertain, mais encore possible
Pour la FAO, l’agriculture du Sud peut encore se relever, mais cela demandera du temps et un soutien durable. La reprise dépendra notamment d’un cessez-le-feu, du retour des agriculteurs sur leurs terres et d’un soutient financier et technique sur plusieurs années.
Le changement climatique complique encore la situation. En 2025, le Liban a connu une forte sécheresse, avec environ 50 % de pluie en moins. Plus de la moitié des agriculteurs sont désormais vulnérables.
Pour répondre à ces défis, la FAO propose des solutions comme l’irrigation solaire et une meilleure gestion de l’eau et des pratiques agricoles adaptées. L’enjeu est désormais clair : soit l’agriculture du Sud se relève, soit le pays s’enfonce durablement dans la dépendance. Pourtant, malgré les difficultés, certains agriculteurs continuent de préparer la prochaine saison, pariant sur un retour de la stabilité et sur la capacité de la terre à renaître.
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